Tranche de vie… je lis le journal en mangeant mon « Big Mag of MacDO », après avoir versé (pour le remplacer discrètement par du rosé) le Coca dans la jardinière bariolée de notre
fast-food si rural et pourtant on ne peut plus mondialisé…! Cela me distrait des caprices des morveux surexcités (et tout autant bariolés) qui parcourent incessamment ce royaume de la mal-bouffe…
ne sont-ils pas déclarés par ce commerce « rois des lieux » ?
Au bout de quelques articles, de quelques bouchées… l’évidence s’impose à moi : le contenu de nos journaux est devenu lui aussi fast-food ; la presse en général : fast-press !
Les mêmes nourritures sans goût y sont étalées, leur aspect est accrocheur et coloré, leur qualité est certainement vérifiée, mais tout y est standardisé depuis la dépêche d’agence à peine délayée jusqu’à la photo bien sage ; tout est calibré, du texte de pub recopié sans vergogne servant d’ersatz d’enquête, aux conditionnels cumulés permettant de parler de ce que l’on ne connaît pas sans encourir ni contradictions ni poursuites.
Je cherche du regard ce qui serait le petit rosé bien frais viatique de cette catastrophe de l’information… je n’en trouve goutte, allons soyons indulgents, disons… que quelques gouttes dans un océan planétaire de boisson gazeuse : deux ou trois chroniqueurs, quelques pigistes parmi tous ceux que j’ai connus… pas grand-chose pour étancher ma soif !
L’un d’eux, chef de l’agence locale d’un grand quotidien régional, voulait réussir un bon reportage sur la visite au chef-lieu du très intégriste (et excommunié) évêque Monseigneur LEFEVRE. Il avait des démangeaisons de scoop… pas LEFEVRE (qui en générait plus que d’oraisons et préférait les Mercedes suisses), mais mon journaleux d’ordinaire si tranquille dans son département !
La garde rapprochée (et en soutane) du religieux dissident ayant signifié sans ménagement à l’ensemble de la gent journalistique qu’il n’y aurait pas de photos lors de la cérémonie dans l’église, notre compère s’en ouvrit à moi, fort morigéné !
Maugréant « ils vont voir ce qu’est un journaliste ! », il saisit l’appareil photo de son assistant et entra dans l’église bondée et embaumée de l’odeur de sainteté que seul procure à bon compte l’usage du latin. Je le vis se mêler aux fidèles, ne cherchant pas même à se faufiler aux premiers rangs… je n’y prêtais donc plus attention.
Quand le prélat scélérat descendit au bas des marches de l’autel pour distribuer la communion aux ouailles agenouillées, mon regard s’attacha à compter professionnellement les têtes chenues, courbées pour les hommes, voilées pour les femmes… ciel ! Mon chef d’agence avait pris la file, pieux et gauche – ce qui ni l’un ni l’autre ne lui correspondait – pieux et gauche, dis-je, comme un premier communiant !
Arrivé à la hauteur du monseigneur et de son ciboire, il resta debout, écarta aussi rapidement son imperméable que l’exhibitionniste du parc, porta à son œil le viseur de l’automatique et nimba d’éclairs de magnésium l’homme d’église… soudain transfiguré avant d’être immortalisé !
Les soutanes ne purent intervenir : trop de boutons pour courir après cette incarnation du péché de désobéissance… d’ailleurs le paparazzi occasionnel était déjà dehors ! Il eut même le courage de défendre son reportage qui a été publié !
Vrai, ce fut du bon, du très bon… pour une fois ! Car pour l’ordinaire on n’est pas aussi gâtés !
Dans le monde entier, tous les jours, se déroulent des millions d’événements (gais, émouvants, beaux, exemplaires, instructifs, édifiants, tristes, contrariants, injustes, provocants, révoltants, écoeurants) susceptibles d’intéresser tout un chacun. On ne vous en ressasse qu’une demi-douzaine de ces évènements de la télé à la presse écrite en passant par la radio… on vous compose le même panier, souvent mondialisé, toujours pasteurisé, émincé, attendri, édulcoré, colorisé…
C’est un peu comme ces plats de sandwicherie qui ignorent toutes les recettes de terroir, les viandes goûteuses, la vènerie, les champignons des sous-bois, le cochonnailles poivrées, les poissons fins ou à caractère, les sauces majestueuses… pour nous offrir quelques combinaisons des mêmes produits agro-alimentaires de base que l’on ne peut parfois plus identifier… pas seulement parce qu’ils sont proposés en anglais !
Que de hamburgers de l’investigation à roter à la digestion ! Que de tiédeurs de l’esprit critique à vomir ! Que de journalistes bon chic bon genre à accepter dans notre lucarne comme les odeurs vanne d’égout devant notre fenêtre !
Vous me dites : « s’il n’y a aucun fond dans les nourritures que la presse nous sert, il y a au moins la forme : elle n’est pas si désagréable ? »
J’ai failli vous répondre oui… mais je me ravise, excusez-moi !
Je ne m’attarderai pas sur l’aspect physique des journalistes (d’ailleurs seuls ceux du JT sont visibles »… on fait avec ce que l’on a… à une oreillette près ; ni sur leur mental, pas mesurable… mais bien normalisé… J’écouterai ou lirai ce qu’ils disent ou écrivent… Si l’on considère que la langue française est notre viande à tous, alors là, c’est souvent fast-food-chinois-tricheur ! On bouffe de la croquette pour chien quand ce n’est pas du chien dans le hachis !
Où sont les plumitifs d’antan, les « reliseurs » penchés sur la casse de l’imprimeur, les intervenants de fin de JT ou de flash radio s’excusant d’une mauvaise concordance des temps ? Ils pointent au chômage ou tentent d’écrire des romans qu’on leur refuse !
« En fait… le président…de la république…est sorti de… sa voiture, en fait il… s’est arrêté… « en fait il drope… vers la foule. Finis les déplacements… nickel chrome, en fait tout est « impro…malgré que le temps est extrêmement… bad, en fait l’émotion est à son comble, « c’est énorme… ! »
J’ai analysé : la fibre de la phrase est cassée, le verbe est fâché avec le complément, l’article a divorcé du mot… c’est bien du chien mes pauvres ! En fait pourquoi la ponctuation est en fête (ou en fait) ? Çà je l’ignore… peut être pour masquer le reste !
Sont-ce les ravages du SMS à 30% des communications des d’jeunes, de l’anglais à 50% des radios-capitalo-ziziques, du bac à 84% de chaque promo de potaches, du piston à 100% des promos du PAF ? Qui le saura et surtout qui le dira ?
Mangez quand même car il n’y a rien d’autre à déguster entre deux cornets de frites micro-ondes de la publicité !
- « Tu pousses un peu…parmi les journalistes, il y en a des bons, tout de même… ? »
- « Oui, je le reconnais, mais les autoroutes sont plus souvent plus près des Mac Do que des quatre étoiles au Michelin ! »
-« Ils ont du mérite aussi quand on connaît la pression des équipes en place, du tirage ou de l’audimat, des porteurs de pub, des sondages, des politiques, du contrôle juridique… »
-« Ce n’est pas faux… j’en tiens compte, mais leur bouffe, beurk ! D’ailleurs toutes les enquêtes montrent que les français, en majorité, se défient d’eux… ils n’ont pas une bonne image ! »
-« Qui est-tu pour te permettre de juger ainsi ? »
-« Pendant trente cinq ans j’ai été aux RG qui comptait plus de mille "journalistes" comme moi en France, employés à plein temps (et même plus...) pour la rédaction d’un quotidien ayant une bonne dizaine de lecteurs à Paris (en fait… des grands… qu’on nous a dit) et trois ou quatre dans chaque département…
C’était de la faste presse, faut bien le reconnaître !
Mais, en fait, mes gars étaient notés sur le fond et sur la forme… je suis été très vénér sur le sujet, en fait… s’cuse-moi collègue !»





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