chassez le politique, il revient au galop...

Publié le par thierry de briel





 

 

C'était un président de la république qui se voulait très près de son peuple (çà leur tombe dessus à un moment comme la puberté tombe sur l'adolescent). Il multipliait les visites en province et son staff (pourquoi affuble-t-on ces collaborateurs d'un nom d'emplâtre bien moulé ?), et son staff, dis-je, dans l'élaboration du programme de ces visites, privilégiait les scénarios les plus spectaculaires, les plus médiatiques pour répondre à sa crise de croissance, à ses fringales de fraîchement plébiscité.


Pull-over pour conférences de presse, petit déjeuner avec les éboueurs et je te pince le cul de la blonde d'Aquitaine (on a fait mieux depuis avec la Brune d'Italie...) et je me déguise en cosmonaute, en scaphandrier, en dératiseur...  (« encore une petite panoplie pour les étrennes ? ») et je me baffre de la bonne bouffe locale (en attendant, plus tard, de prendre de bonnes baffes nationales) : tout était validé par notre roi Midas (qui pensait encore guérir les écrouelles rien qu'en agitant les oreilles).

 

En fait de bouffe, Il était reçu ce jour-là par tout ce qui comptait  d'une de ces villes de Gascogne au terroir généreux. Une des spécialités y était (et y est toujours) le pruneau... je ne vous dirai pas où nous étions comme je ne vous ai pas dit quel était le président... (vous avez trouvé ? Dîtes donc mes bijoux, vous êtes drôlement futés !)

 

Ce qui pose problème au staff dans ce genre de situation c'est qu'on peut proposer au chef d'état de goûter à tout, du foie gras à la piquette, de la pomme de terre nouvelle à la truffe. Ici, certains avaient pronostiqué : « il n'échappera pas aux pruneaux ! » et, consciencieusement avaient sélectionné un producteur chenu en costume prune de la confrérie. Il devait donc présenter ces fruits délicieux et dénoyautés à la « gobégie » du premier des français. Pas emplâtrés du tout, ses employés s'étaient même astreints à en ingurgiter plusieurs pour s'assurer de leur bon goût et de leur innocuité (aussi le staff avait, depuis le matin, du mal à sécher).


« Sans noyaux et avec modération ! » telle était donc leur consigne à l'adresse du maître étuveur d'Ente pour sa future prestation de paladin du palais présidentiel.


Mais vous savez ce qui caractérise les rencontres entre le sommet et la base : elles sont, en politique comme en architecture, ingérables, épouvantables. Donc, après une bonne rasade de liesse populaire, de toque menottes, de bibises aux desperate house's  wifes, de tâte bébés, de rictus aux papémémésgagas, aux (im)émigrés, aux minima sociaux, aux maxi-chom'dus, et aux cul de jattes, la confusion s'installait, mère de toutes les catastrophes. Le vénérable du pruneau en toque caramel s'était fait bousculer par un confrère d'âge moyen en costume moyenâgeux et qui ramenait sa prune là où on ne l'attendait pas.


« Non, non, pas ces pruneaux ! » tenta de crier un qu'est staffé qui était à côté de moi. Son cri portait tout le ressentiment pour ce fruit en général et pour ceux en particuliers qui, non contrôlés, étaient maintenant à la vue du président. Sa supplique cependant ne put franchir les quelques mètres qui le séparaient de son maître (« on n'est pas dans la...  difficulté », murmura-t-il en se repliant sur lui-même comme blessé au ventre).


Dans la corbeille garnie de satin, Midas se saisit du plus beau spécimen de prunus medicalis, gonflé, ridé à souhait (le pruneau, pas le président... quoique) ; il le porta à sa bouche avec majesté et mastication.

Je vis bientôt ses yeux marquer la surprise quand sa mandibule reconnût, je suppose, l'obstacle du noyau. Quelques croisements de masséters plus loin, je lisais l'interrogation dans ces mêmes yeux (que je ne quittais décidément plus), interrogation que j'interprétais dans le sens de : « que vais-je faire de ce truc ? »


J'avais bien eu tort de ne pas le quitter des yeux car il se passa quelque chose entre bouche et mains qui m'échappa complètement : le noyau semblait avoir définitivement disparu. (À ma barbe en fait)


Avait-il craché le noyau droit devant (comme seuls les grands lamas savent le faire) au risque de blesser un citoyen... à l'œil (pour une fois) ?


Est-ce que ce résidu chuta subrepticement de la bouche à la main pour aussitôt être confié au député d'opposition qu'il congratula dans la foulée et qui en parut fort étonné (de la congratulation ou du relais si amicalement confié ?)

 

Est-ce qu'il l'avala sachant, grâce aux gens du pays, qu'en matière de pruneau il suffit de choisir : en dégustant sa chair on obtient un résultat, en absorbant le noyau on bénéficie du contraire ?


Est-ce qu'il le garda dans sa bouche, définitivement, ce qui expliquerait le défaut de langage qu'on lui connaissait : un claquement de langue, sporadique et irrépressible ?


Tout policier que j'étais, au plus près de cette personnalité, je suis désolé de vous dire que je ne puis me fixer sur aucune de ces hypothèses ; les staffeurs, consultés, non plus !


C'est bien là que se situe la grandeur des politiques : pratiquer la prudence (négocier un seul pruneau à la fois), adopter la solution la plus efficiente, la plus adaptée à leur image (laquelle fut-elle cette fois-ci ?  On ne le saura pas), telle est leur technique éprouvée dans des situations éprouvantes. Même immergés au sein de l'affection de tout un peuple (et de lui -him- RG), ils conservent leurs réflexes ; ce qui les différencient de vous, de moi.


Misère sur nous, on aurait craché par terre ou couru aux tinettes ; eux, non ! On ne joue pas dans la même cour !


Bonchoir Mesdames, bonchoir Messieurs, blop !

 

Publié dans vécu

Commenter cet article