Libertés : la soustraction

Publié le par thierry de briel

LIBERTES : LA  SOUSTRACTION

 

 

 

 

« L’homme est né libre et partout il est dans les fers »  Jean Jacques ROUSSEAU  (Du contrat social)

 

 

Eh oui Jean Jacques, tu as tout fait pour essayer de le délivrer un peu… puis des têtes ont été coupées, on a tenté d’établir la république, essayé les empereurs, repris une petite part de gâteau des rois : on s’est dit qu’il fallait amender les républiques, trop dur, on les a remplacé les unes par les autres, changé la tronche des Mariannes, connu la séparation de l’église et de l’état, la lutte des classes, les guerres et les libérations : les lendemains devaient chanter… et nous on déchante.

 

 

Cependant, autour de vous, on vous dira qu’il y a plus de liberté maintenant que jamais… c’est une affirmation formulée par tout un chacun sans réflexion et par réflexe d’optimisme  ( tout à fait heureusement pour les hommes politiques qui, dans le cas contraire, seraient bien en peine obligés d’augmenter nos espaces d’autonomie et de bonheur authentique) ; à la rigueur on vous accordera que certaines lois récentes restreignent les libertés individuelles en évoquant par là le seul domaine où l’on devrait tolérer de les diminuer encore ! La défense de la société est en effet la seule justification d’une perte de libertés individuelles. C’est bien ce que tu avais affirmé JJR ?

 

Mais il ne vient l’idée de personne de prétendre que les libertés régressent dans tous les autres domaines, subrepticement, souvent définitivement.

 

Jean-Jacques, je voulais te le dire avec ménagement : j’ai peur qu’ils n’aient rien compris à ton contrat social !

 

 

 

Il paraît que tu étais maso ? Si c’est vrai, tu dois être content de cette rouste… as-tu la place de te retourner dans ta tombe ?… (Je sais, ce n’est ni facile ni discret...)

 

Tu veux que l’on mesure le désastre ?… es-tu prêt pour la visite ?

 

 

La liberté d’aller et de venir ? Il y a beaucoup de sites autrefois à tous et d’accès libre qui ont été récupérés par quelques uns : je pense à certaines régions ( taxe pour les passagers non résidents, accès gratuit aux résidents), certaines villes ou villages ou parties de villes ou villages (qui ont une entrée ou un parking obligatoires et payants ), je pense aux bords de mer accaparés malgré quelques opérations médiatiques qui voudraient faire croire le contraire, à des forêts domaniales ou communales de prétendus parcs naturels prétextes aux multiples restrictions… idem pour des lacs, des montagnes, des chemins, des places, des trottoirs, des quais d’embarquement, des pistes d’avion, des églises : le tout interdit ou avec laisser passer payant, des bâtiments retirés de la jouissance commune, (certains mêmes qui avaient été « pris par le peuple » au moment de la révolution).

 

 

 Ailleurs on vous interdit de vous baigner (parce que la mer est dangereuse ou polluée, à cause de la circulation d’engins nautiques, de l’existence d’un barrage) ou on vous demande de ne vous mettre à l’eau que sous le regard de la police. On vous ferme à partir de critères discutables les forêts pour risque d’incendie, de grand vent, de préservation des espèces (et l’espèce humaine ? elle ?). La culture de certaines plantes est interdite, le nombre d’espèces d’animaux d’élevage, de fruits et de légumes a été réduit, on rend stériles les semences pour obliger à acheter chaque année la semence d’origine. On a supprimé les pics de production liés aux saisons pour mieux faire racketter les consommateurs à tout moment.

 

 

 

Faire du ski hors piste est prohibé, on met une taxe sur la pratique des raquettes…  Si vous vous absentez trop longtemps on vous recherche sans que vous ayez rien demandé puis on vous présente la note des frais engagés. On vous interdit de pique-niquer, de faire du feu, de dormir à la belle étoile, de monter une tente, de ramasser des fleurs, (tu aurais été à la joie toi qui aimais tant herboriser), parfois de photographier ou de fumer.

 

 

 

Bien entendu on ne peut plus pêcher et chasser librement … on n’a pas hésité à porter atteinte ainsi à un des plus spectaculaires acquis de la Révolution que tu as inspirée : elle avait été menée pour supprimer ce type de privilèges… qui s’en souvient ?). A quand le permis de pêche en bord de mer ou de chasse sous-marine en apnée, le permis de respirer ou la taxe sur l’air ? On n’a pas le droit d’acheter ou de détenir certains animaux, d’en faire naturaliser d’autres.

 

 

Pour les voitures, c’est l’abus généralisé… mais je vais être à la peine pour t’en parler Jean-Jacques car tu as été renversé par un véhicule de ton époque… tu dois être pour la répression… allez, va, ce n’est pas dans ton caractère !

 

Pour les automobiles, dis-je, au début il n’y avait pas de permis puis il y eut un permis ultra simple, maintenant c’est un gros code pénal avec des sanctions même de prison ! Vous ne pouvez construire ni bricoler un véhicule sans être soumis à des contrôles très stricts. Cugnot, Dedion et Panhard, Messieurs de la bricole, exit : vous auriez été dissuadés de poursuivre ! On vous dévie, détourne, change la signalisation, le sens de circulation : oblige à faire des ronds-points imbéciles, des kilomètres supplémentaires, on vous refuse certains quartiers, certaines villes… on vous interdit parfois de laver le véhicule (sécheresse) mais vous oblige à le réparer. Si vous n’avez pas assez d’argent pour le faire on vous supprime de fait la conduite de votre véhicule (visite technique entraînant réparations que vous ne pouvez pas assumer). On vous sanctionne parce que vous avez acheté tel type de carburation qu’on vous engageait à choisir auparavant, on vous oblige à avoir de nouveaux équipements ! Vous ne pouvez plus stationner comme avant ou pour si cher ! La voiture est devenue un cauchemar, un gouffre financier, les assurances vous vampirisent puis se défaussent de leurs obligations…  La conduite n’a plus que des inconvénients, finie la vitesse, la liberté, le plaisir de maîtriser une petite merveille technique ... vos gosses, endoctrinés dès la maternelle, critiquent vos capacités de conducteur !

 

 

Plus rares aussi ou finies les petites promenades à peu de frais le week-end avec le chien, le panier repas,  le parasol, et la belle-mère : il faudrait acquitter l’essence (hors de prix),  l’autoroute (qui a été déjà amortie dix fois, que l’état a vendue et que l’on continue à payer quand même), peut être le stationnement obligatoire à l’entrée de certains sites même dits « naturels » et même, le cas échéant, la contravention que vous risquez de prendre et enfin la note du garagiste des grands chemins qui attend votre panne en embuscade comme l’araignée au fond de sa toile.

 

 

Vous ne pouvez plus appuyer sur le champignon : ramassez-les ! Eh bien non, ce n’est même plus vraiment envisageable : en certains lieux (même publics) vous n’avez plus le droit d’en cueillir ou il faut payer ou il faut avoir un permis.

 

 

Et l’on inflige à la police en matière routière un rôle souvent imbécile, conflictuel avec des citoyens par ailleurs honnêtes au détriment de vraies missions contre d’authentiques délinquants.

 

 

 Pour les bateaux c’est la même chose : permis, équipements obligatoires, contrôles en mer plus nombreux, prix du carburant, de l’anneau ; les voiliers ont pu presque échapper au permis… on n’a pas osé, mais pour combien de temps ?

 

Avec nos voitures, nos bateaux donc ceinture obligatoire… Vu ?

 

 

Puisqu’on parle de ceinture, passons dessous, et là aussi examinons une autre liberté d’aller et de venir, de va et vient… On  peut affirmer qu’il y en a une qui est tout de même bien culpabilisée, « en caoutchoutée », « préservativée » dans du plastic, c’est la liberté du mouvement fondamental, alternatif, érotique (et parfois erratique)… vous voyez ce que je veux dire, qui jusque là, symbole de gratuité, n’était tarifé que dans un contexte professionnel pour certains transports urgents. Maintenant il a un coût (l’objet se trouve en distributeur comme les bonbons), le coût d’un objet obligatoire absolument, sous peine de mort, pour le bon coup comme pour un mauvais ; et on ne peut plus s’en tirer comme çà… sauf si on est dans le contexte du compromis pour de justes noces (hum ?) et seulement si l’on croit que ce beau coup vaut bien le coup… c’est-à-dire plus que d’autres coups.

 

« T’aurais pas aimé hein Jean-Jacques quand tu te tapais ta « maman » Madame de Warens ou Thérèse Vasseur la petite lingère qui t’a fait cinq enfants et bien d’autres femmes… », tu l’oubliais un peu la vessie de porc dont on ne faisait pas les lanternes mais les condoms !

 

 

Je n’ai plus de bon tabac dans ma tabatière : vous ne devez pas en cultiver, c’est devenu de l’or pour l’état qui nous obligeait presque à en consommer quand nous faisions notre service militaire… il nous prétend maintenant que c’est pour préserver notre santé mais on ne rembourse pas les traitements anti-tabac pour être bien sur que nous continuerons à acquérir ce prétendu poison au prix fort ! On ne surtaxe pas pourtant les fast-foods qui nous façonnent une génération de gros culs et de diabétiques, et autres cardiopathes.

 

 

 

Pas question de boire sans modération, de distiller quoique ce soit, vous ne pouvez pas non plus - le plus souvent - garder l’intégralité d’un trésor que vous avez découvert ; vous ne devez ou ne pouvez plus vous chauffer comme vous l’entendez  (il ne faut pas dépasser 19°) ni pisser gratuitement, ni choisir votre hôpital, votre cimetière, ni l’école de vos enfants, de moins en moins votre médecin. Vous êtes par contre de moins en moins remboursé de vos frais de santé,

 

Vous êtes de moins en moins en contact avec ceux qui vous vendent quelque chose, vous chercherez tout seul les explications sur le produit (et entreprenez parfois de déchiffrer le japonais) et ne pouvez plus montrer votre insatisfaction – si l’envie vous en reste encore - à quelqu’un d’autre que le lampiste sous-payé qui ne sait qu’enregistrer le prix et rendre la monnaie. Ce sont des boîtes vocales qui s’occupent de vous si vous avez eu la chance de les atteindre après avoir enrichi en time is money le commerçant et l’opérateur de télécommunications. Exit la demoiselle des postes et des télégrammes, remplacée parfois par une doudou sous payée. Exit aussi la speakerine ; avant vous aviez une personne qui s’occupait de vous, téléspectateur ; elle était assez souvent agréable à regarder, parfois intelligente… elle est partie pour aller pointer au chômage.

 

 

Vous vous servez tout seul l’essence à la pompe, vous retirez de l’argent dehors sous la pluie, vous remplissez votre caddie, votre plateau-repas, vous préparez vous-même les cartons de votre déménagement…

 

 

Vous avez perdu la liberté de choisir ce que vous voulez bien entendre et devez vous habituer au bruit ; vous en supportez de plus en plus ( de ceux qui travaillent, de ceux qui circulent, de ceux qui bricolent, de ceux qui se distraient ) car personne ne considère vraiment que s’est une nuisance grave… pourtant il y a des morts et des blessés chaque année du fait de personnes qui « craquent », du petit vieux qui allume les jeunes sur le parking aux moitié dingos qui plombent la sécu et la société toute entière en somnifères, congés de maladie et manque de performance au travail…bien qu’on ne fasse pas les enfants par les oreilles ou vous les viole à répétition (pas les enfants… : les oreilles) et pour cela aucune sanction ou presque : une contravention éventuellement dressée par des services de police qui s’en tamponne le coquillard complètement.

 

 

Vous n’avez plus la liberté de boire de l’eau pure, gratuite ou à un prix raisonnable : on vous la livre au robinet, oui, mais chère, de plus en plus chère et plus que jamais impure, vous obligeant à l’acheter en bouteilles au prix du vin ! C’est mieux que l’invention de l’eau chaude ! Il faut dire que les grands groupes qui exploitent l’eau font beaucoup de choses en sus… ils ont été quelques fois convaincus d’avoir servi des pots de vin… quelques fois seulement ; pourtant, à notre avis, l’eau se transforme en vin, c’est le miracle permanent, elle en a presque le prix…  ah ils sont aussi forts que Jésus !

 

 

Vous avez en partie perdu la liberté de choisir ce qu’on vous donne à voir : vous regardez la télévision plusieurs heures par jour donc payez une redevances et l’on vous abonnera le plus souvent à la bêtise et à l’ignorance de journalistes, pseudo journalistes, animateurs, bonimenteurs ou « célébrités » à qui, sans l’effraction de la petite lucarne chez vous, vous n’auriez jamais accordé une seule minute d’attention… ils sont toujours là persuadés d’être intelligents, beaux, aimables parce que populaires : les reality shows ont pourtant bien montré que n’importe quel taré pouvait devenir populaire en apparaissant plusieurs fois sur le petit écran ; vieux, ils ne lâchent pas la rampe alors que les jeunes diplômés des écoles de journalisme pointent au chômage.

 

 

 On vous étourdit de publicité par séries de piqûres de rappel (on vous coupe même vos films pour la passer

 

Vous protestez parce que vous avez payé la redevance (pour ne pas qu’il y ait de publicité qu’ils disaient) : « Vos gueules les mouettes vous n’avez qu’à payer encore plus cher en vous abonnant à des chaînes à péage ! » « Ah elles n’ont pas de pub et de redevance ? » « Si, les deux, mais c’est moins débile et çà se paye çà ! »

 

 

Ola ! Frère Jean Jacques, dormez-vous ? Moi je sonne les matines  (le proxo, lui, sonne les mâtines… (Je crois que je vais l’enlever car c’est tiré par les cheveux… un peu)

 

Je te parlais de la publicité, elle nous crève : jamais l’homme n’a été autant conditionné… ni la religion, ni la société, ni la famille, ni le voisinage ne l’ont jamais autant manipulé. Il ne peut voir sans la voir, entendre sans l’entendre, consommer sans la consommer… ils sont très forts, ils ont réussi a obtenir que le torturé paye son bourreau ! On achète très cher pour payer la pub du produit, pub qui devient de plus en plus chère par ce qu’on s’évertue à la diffuser aux moments où elle aura le plus d’effet. On nous oblige à porter une marque en grand sur nos habits comme au temps des hommes – sandwiches (ou des bagnards ou des fous à lier).On est devenu un peu comme le maso qui obtient du sadique mercenaire qu’il besogne les endroits où il souffrira le plus et en redemande encore. Tu connais hein Jean Jacques ?

 

Mais ceux qui ne sont pas maso comment font-ils ? Rien pour eux nulle part, on les brutalise impunément plusieurs fois par jour, au moins pour les camelots on choisissait de s’approcher ou pas de leur estrade. Maintenant à la télé on nous gave sans qu’on puisse s’échapper… on ne peut rien y faire ?  Pas même une impulsion électronique qui serait diffusée obligatoirement en même temps que la pub et qui rencontrait un petit dispositif dans le récepteur provocant un zapping vers une chaîne hors phase de pub… ? (Allez, je fais cadeau de l’idée aux grands défenseurs des libertés individuelles… comme les journalistes)

 

 

Tiens, les journalistes, fils de pub, si prompts à dénoncer les atteintes aux libertés ne disent rien dans ce domaine, et pour cause : ils sont les principaux serviteurs de la publicité : ils lui mangent dans la main… elle contrôle tous les journaux ou presque qui prennent leurs consignes auprès des annonceurs, non pas directement, (car ils ont leur fierté, bougre… et sont jaloux de leur indépendance, bougre !) mais indirectement par souci de plaire pour continuer d’exister et par autocensure. Oh, citoyen Rousseau, tu ne vois pas que la pub c’est le Louis XIV de nos temps ! Pour mieux asservir le bon peuple elle le distrait en se donnant en spectacle obligatoire avec son esthétique propre et ses caprices, elle prétend ainsi l’informer comme le Roi Soleil décidait «de ce qui était bon ».

 

 

Vous n’avez plus la possibilité de refuser l’argent à qui vous ne voulez pas en donner. On vous oblige au travers des impôts à donner de l’argent à des groupes ou à des activités minoritaires que vous n’approuvez pas comme à certains clubs sportifs si vous n’aimez pas ces sports c’est pareil ou si vous ne supportez pas les professionnels ou les pseudo équipes nationales constitués d’allogènes c’est pareil aussi ; votre quote-part va aussi à certaines minorités dont on veut préserver la spécificité et qui feraient mieux de s’intégrer à la majorité ; votre blé que vous avez bien du mal à récolter nourrit tous les partis politiques y compris les partis indépendantistes (et ce quand bien même vous n’en approuveriez aucun)…et vous croyez qu’ils ont cessé pour cela tous financements malhonnêtes ? Non, régulièrement, ils se font encore prendre la main dans le sac…

 

 

Vous êtes propriétaires dites-vous ? Pas du sous-sol, pas du survol, pas pour construire ce que vous voulez comme vous le voulez : vous serez contraints tant au niveau de la surface, que du nombre d’ouvertures, du style et de la couleur de la façade. On peut vous exproprier, déclarer que vous êtes en zone inconstructible, inondable, d’avalanches, de glissement de terrain et réduire ainsi la valeur vénale de votre propriété; les chasseurs ont le droit de passer sur votre sol… vous de vous taire.

 

Dans votre paysage, à côté de chez vous, sous votre nez, on a le droit presque à loisir de vous installer un TGV, une autoroute, une usine, un incinérateur, une décharge, des poteaux, des publicités… on vous laisse quand même, après avoir vendu votre bien complètement dévalué, la faculté d’aller acheter ailleurs au prix fort…

 

 

Allez, Jean Jacques, j’arrête… va, t’inquiète, on est heureux quand même : on se débrouille !

 

 

Tu n’es plus là, Voltaire non plus, mais il faut dire que l’on a de grands penseurs qui vous ont bien remplacés. Aussi on a été bien avec eux : on les a élus au sommet de l’état et tu peux même lire leurs œuvres, car ils écrivent tous… Bonne lecture, je suis persuadé qu’après tu reposeras en paix.

 

 

 

 

 

Publié dans oreillesdemidas

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