se verra or donné

Publié le par thierry de briel

QUI   COORDONNERA  MÉTIERS  D’ORDRE  SE  VERRA  OR  DONNÉ   !

 

 

 

 

Je n’ai jamais su coordonner les mouvements de mes abattis … cela m’a coûté cher !

 

Aux épreuves physiques du bac d’abord : il y avait à la fois le saut en hauteur (j’avais  toujours cisaillé lamentablement le fil : je l’ai donc presque arraché, à sa plus petite hauteur, le jour de l’examen) et une « démonstration notée et au tapis de mouvements coordonnés » qui consistait à enchaîner roulades, poirier, cabriole et autres entrechats : le tout bien masculin et bien utile pour notre avenir ! Là j’ai performé en sortant de l’aire de démonstration après avoir exécuté, dans l’hilarité générale, la série de soubresauts d’un robot entortillé dans une ligne électrique. J’ai eu quand même mon bac, respirons, soufflons !

 

A l’armée ensuite où les exercices de « présenter armes » et de « armes sur l’épaule » ont, je crois, failli être abandonnés après mon passage comme deuxième classe. J’avais toujours  un temps de retard ou d’avance sur les collègues, ce qui entraînait l’inévitable « on recommence pour Debriel » et qui me valait  la considération du « margichef »  et l’affection de mes camarades…  J’ai quand même été première classe et on a supprimé le service national, respirez, soufflez !

 

Donc la coordination n’est pas naturelle chez moi, c’est le moins que l’on puisse dire ! Ce handicap m’a peut être permis d’entrer sans étonnement et de plein pied dans le monde des métiers de l’ordre, car s’il y a quelque chose qui n’est pas coordonné c’est bien cette communauté-là !

 

Chacun sait qu’au niveau de l’histoire, de la chaîne hiérarchique, de l’emploi des différentes forces concourant à la sécurité, la plus extrême diversité est une réalité quotidienne. Bien sûr elle correspond bien à l’esprit français, a été voulue au départ ou justifiée par la suite par un souci de garantie de la démocratie, mais elle débouche sur beaucoup d’incohérence, d’inefficacité voire sur bien des rancoeurs et combien de bavures.

 

On a nommé des « coordonnateurs », des « préfets de police coordonnateurs », des « sous-préfets chargés de coordonner », on s’est félicité de « l’efficacité de la coordination »,  de « l’excellence de la coopération des services » mais « la guerre des polices » à toujours existé, comme l’incompatibilité des réseaux radio et des matériels,  comme la redondance des missions et la perte de substance lors de saisines successives. Toujours bien vives les oreilles de Midas, quoi…

 

Je ne veux pas examiner ici ces problèmes, j’en parle ailleurs et il y a trop de têtes intelligentes, payées pour les résoudre, si par hasard il y avait une volonté politique d’en sortir !

 

Je veux vous parler d’une autre coordination des métiers de sécurité et d’ordre et de défense de la société, c'est-à-dire de tous les gens qui essaient, au nom de tous les citoyens, de faire appliquer la loi, de porter secours aux autres, de faire progresser leurs compatriotes au plan physique comme intellectuel ou social. Ils ont en commun, bien qu’engageant au maximum leurs forces, leur propre sécurité, voire leur vie, d’être sujets aux rebuffades, au mépris, parfois à la violence de certains tout en étant mal considérés, mal défendus, mal payés. Et cela dans un monde où tous aspirent à plus de confort et de tranquillité, où la vie de famille, l’absence de pression, la considération ont de plus en plus de prix ; un monde où l’on ne peut plus regarder la vie humaine comme consommable suite à des insuffisances de commandement…

 

Le noyau dur des métiers de sécurité est constitué par la police, la gendarmerie et l’armée mais beaucoup d’autres profession rencontrent les mêmes difficultés, les mêmes avanies, sont traitées avec la même légèreté… dans la fonction publique on citera par exemple la magistrature ou les inspecteurs du travail, mais on peut y joindre le policier municipal comme le douanier, l’assistante sociale comme le pompier. J’ai compté près de trente catégories différentes quelques unes représentant  plus de cent mille personnes, le tout dépassant la moitié de la fonction publique si l’on y adjoint les enseignants, éducateurs, assistantes sociales, infirmiers… qui n’ont pas, c’est vrai, pas d’affinité particulière avec les métiers du noyau dur, mais qui, exaspérés par les difficultés rencontrées dans l’exercice de leur activité pourraient s’apercevoir qu’elles ont la même origine que les leurs.

 

Pourquoi toutes ces personnes ne seraient-elles pas défendues – d’une manière coordonnée (mais oui !) - sur les mêmes bases, c'est-à-dire à partir de revendications de dignité, d’efficacité de leur protection en cas d’agression, d’adéquation de leur salaire avec les risques pris, la pénibilité, la disponibilité, les dégâts psychologues induits ? …on est loin du compte !

 

« Vous attachez, chers concitoyens, beaucoup de prix à votre confort et à votre sécurité, à la délicatesse des interventions de l’autorité publique, on vous prend au mot : payez-en le prix ! Considérez ce que vaut une disponibilité sans détours, un engagement physique et moral de chaque instant, une mise en danger vitale acceptée, une responsabilité jamais écartée, un mauvais contexte de travail… çà vaut de l’or, dites ?  Parmi les professions indépendantes les personnes qui doivent satisfaire à toutes ces qualités, quelles sont-elles ? Les PDG ? Les chirurgiens ? Les pilotes ? Comment sont-elles rémunérées ? Pourquoi ne pas rémunérer les métiers d’ordre en proportion ? »

 

« Fi des différences d’origine, de statut, des divisions entretenues, des habitudes d’incohérence dans nos relations : créons une coordination des métiers d’ordre, de sécurité et d’assistance, commençons par le noyau dur, puis permettons l’amalgame de métiers plus éloignés quant à leur objet mais frères dans la pratique quotidienne. Créons cette coordination que nos employeurs comme nos syndicats sont incapables de réaliser ! »

 

Il ne s’agit pas de fomenter un coup d’état ou des grèves à répétition (certaines de nos catégories sont d’ailleurs privées de ce droit de grève), mais on peut utiliser le droit de manifester sur les temps de repos comme celui de travailler avec un zèle particulier (contrôles appuyés là où çà fait mal…menés concomitamment par plusieurs administrations et coordonnés… tiens !)

 

Peut-être alors on nous prendra en considération, on arrêtera de nous reprocher tout et son contraire, on nous payera probablement aussi à hauteur de la peine et de l’usure, on nous rendra que justice !

 

 

« Si, trop habitués à nos divisions et à notre silence, vous ne vouliez pas envisager cette prise de conscience de notre situation, vous pourriez éprouver avec quelle force nous pouvons désormais peser sur la balance !...

 

Je sais,  vous allez rire et dire : 

 

« Oui, d’accord, alors Debriel vite en position  pour un tir sur cible mobile à l’horizon !... et tâchez cette fois de bien coordonner vos mouvements ! »

 

Ce à quoi je répondrai très probablement :

 

« Oh, Bijou, moi maintenant j’ai la vue qui baisse et des rhumatismes qui m’expliquent tous les jours que, coordonnés ou pas, mes mouvements doivent s’économiser ; c’est à toi de ne pas perdre la cible des yeux et de bien coordonner ! Allez, bon courage ! »

 

 

Liste des métiers d'ordre, de protection et d'assistance :

Police * Gendarmerie

Armée * Police municipale * Magistrature * surveillants pénitentiaires * affaires maririmes

Inspecteurs du travail * des lois sociales en agriculture * des fraudes * de laconcurrence et des prix * du permis de conduire * des douanes * des impôts

Gardes assermentés * forestiers * de chasse et pêche * Gardes champêtres

Pompiers * Agents de surveillance et de sécurité * transporteurs de fonds

Infirmiers * Assistantes sociales * Educateurs spécialisés * Enseignants zones sensibles

Huissiers

Publié dans oreillesdemidas

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